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Aminata Traoré, l'“africaine de gauche”, candidate à la succession de Ban Ki-moon

Aminata Traoré, l'“africaine de gauche”, candidate à la succession de Ban Ki-moon
juin 13
12:14 2016
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Aminata Dramane Traoré, ex-ministre de la Culture et du tourisme au Mali, a annoncé sa candidature au poste de secrétaire générale aux Nations unies.

Celle qui se qualifie comme une « africaine de gauche », a ouvert lors de sa participation au congrès, un débat intitulé « Déminer les bombes semées en Afrique par l’Occident », annonçant dans la foulée sa candidature. « L’ONU, semble-t-il, est à la recherche d’une femme pour succéder à Ban Ki-moon. Je n’ai peut-être pas la tête de l’emploi, mais je m’invite dans ce débat ! » cite le journal L'Humanité. Et lorsque l'essayiste malienne s'invite au débat, c'est avec un franc-parler qui la caractérise, qu'elle assène à qui veut l'entendre ses positions. Notamment sur les décisions de l'Organisation des Nations unies qu'elle souhaite « plus autonome et non instrumentalisée par les grandes puissances ».

Altermondialiste et “africaine de gauche”

Aminata Traoré, avant de prendre le chemin de la politique, commence sur les bancs de l’école Maginot et l’Université de Caen en France, où elle suit des études de psychologie sociale pour lesquelles elle obtient un doctorat de troisième cycle et un diplôme de psychopathologie. Également chercheuse en sciences sociales, elle enseigne à l’Institut d’ethnosociologie de l’Université d’Abidjan, tout en étant rattachée auprès du ministre de la Condition féminine du pays. L'intellectuelle continue sa carrière engagée en intégrant le programme régional du PNUD pour mettre en avant le rôle des femmes dans la gestion de l'eau et son assainissement. Une expérience qui la conforte dans sa vision d'un ordre économique de plus en plus libéral, ne correspondant pas au continent africain. Et elle ne cesse depuis, de l'écrire, de le clamer et de le dénoncer. Son parcours peu commun lui permet d'écrire plusieurs ouvrages critiques de la situation économique et politique en Afrique. Nommée ministre de la Culture et du tourisme en 1997, elle démissionne de ses fonctions ministérielles en 2000 pour s'affranchir de son droit de réserve et exprimer haut et fort ses positions altermondialistes assumées. L'essayiste mène un combat contre la mondialisation et le système libéral qu'elle considère comme la cause d'une économie africaine inégalitaire et dépendante. Ces prises de positions la mettent au devant de la scène. Dans l'Etau, sorti en 1999, la femme de lettres y fait une critique virulente du système monétaire internationale. Sa préface du Procès d'un homme exemplaire d' Éric Toussaint publié en 2013, l'ex-ministre refuse « les potions du FMI et de la Banque mondiale ne sont pas seulement amères, elles sont souvent mortelles ».

Elle sera aussi l'une des rares personnalités publiques maliennes à s'opposer à l'intervention française au Mali en 2013, où l'armée française a soutenu militairement les troupes maliennes contre les groupes islamistes occupant la région Azwad, dans le nord du pays. Dans La Gloire des imposteurs : lettres sur le Mali et l'Afrique, Aminata Traoré et l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop racontent l'effondrement du Mali jour après jour et s'interrogent sur les responsables de la situation du Mali, un an après l'opération française. La « lecture purement militaire de la crise » adoptée par la France, les pressions qu'elle a exercées pour en sortir, la précipitant des élections présidentielles un an après la cessation du conflit. Tout y passe. Ce qui lui vaudra depuis, une relation problématique avec la France. L'altermondisaliste se verra attribuer un visa à entrée unique exclusif à l'Allemagne– et non un visa Schengen -  attribution appuyée par la France selon elle, l'empêchant ainsi de se rendre à Paris où le débat parlementaire sur le prolongement de l'opération française coïncidait alors avec la réunion publique dont elle était l'invitée.

« Il nous faut une autre organisation des Nations unies »

Ce qui n'empêchera pas Aminata Traoré de camper sur ses positions et d'affirmer son désaccord avec les politiques interventionnistes de l'occident en Afrique, cautionnées par les Nations unies. Pour elle, l'instance du Conseil de sécurité se doit d'être « moins militariste, plus autonome, non instrumentalisée par les grandes puissances » et doit revoir son fonctionnement car « la diplomatie telle qu'elle devrait fonctionner, ne marche plus », rapporte l'AFP. Malgré l'annonce de sa candidate au poste de secrétaire à l'ONU, qui a fait parler d'elle, la femme de lettres rejoint neuf autres personnalités hommes et femmes qui se sont déjà positionnées depuis début avril. L'ex-ministre malienne, tout comme la bulgare Irina Bokova et le portugais Antonio Guterres, présentés comme favoris, devra rédiger une lettre de motivation, présenter CV et profession de foi qu'elle adressera à l'assemblée générale des nations unies constituée de 193 pays, avant de passer un "grand oral" toujours devant la même assemblée.

Pendant deux heures, Traoré devra s'exprimer sur plusieurs thématiques internationales comme le changement climatique, le conflit israélo-palestinien, les abus sexuels des casques bleus ou encore sur le trafic humain. C'est après délibération que l'Assemblée générale nommera un candidat. Seulement, comme depuis 70 ans, c'est bien au Conseil de Sécurité (Etats-Unis, Russie, France, Chine et Royaume-Uni) dont les cinq membres disposent d'un droit de veto inaliénable, que reviendra la décision du candidat. Chaque membre permanent ayant des préférences quant au futur secrétaire général : la Russie souhaiterait que le plus haut fonctionnaire des Nations unies provienne d'un pays de l'Est, chose qui n'est plus arrivée depuis 1945, la France tient à ce que celui-ci pratique a minima le français. Mais tous s'accordent en 2016, à la nomination d'une femme.

Engagée sur le terrain, essayiste tout ayant une expérience en politique, à première vue Aminata Traoré peut prétendre au poste et faire ses armes comme tout autre candidat. Mais c'est sans compter sur l'ombre d'une rancune diplomatique de la France, qui pourrait empêcher sa nomination et taire ses rêves d'une autre ONU.

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