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ONU-Maroc: La «guerre médiatique » continue

Crédit: Rachid Tniouni
ONU-Maroc: La «guerre médiatique » continue
mars 25
19:15 2016
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Lors d’une intervention devant la presse, Salaheddine Mezouar a déclaré que le secrétariat général de l’ONU avait entamé « une guerre médiatique » contre le Maroc suite aux tensions entre le royaume et Ban Ki-Moon.

Les tensions entre le Maroc et le secrétariat général de l’ONU se prolongent. Le 24 mars, le ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, recevait les chefs des partis politiques pour faire le point sur les relations entre le Maroc et Ban Ki-moon qui se sont tendues depuis que le numéro un de l’ONU a qualifié la présence marocaine au Sahara d’ « occupation ». Suite à cette rencontre avec les chefs de formation politiques, le ministre a organisé une conférence de presse durant laquelle il est revenu, comme l’a fait le ministre délégué Nacer Bourita, sur l’évolution des relations entre le royaume et Ban Ki-Moon.

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« La réponse du Maroc était forte et a ébranlé le Secrétariat général des Nations Unies, qui nous a déclaré une guerre médiatique » a affirmé le ministre lors de son intervention.

Dans de récentes sorties médiatiques des représentants de l’instance onusienne ont réclamé  une intervention du Conseil de sécurité pour résoudre ces tensions. Lors d’un point de presse, le porte-parole de Ban Ki-Moon avait affirmé que ce dernier était déçu par le fait que le «  Conseil de sécurité n’ait pas réussi à adopter une position forte dans le cadre de la dispute l’opposant au Maroc » selon l’agence de presse Reuters.

Un responsable de l’ONU, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, le 23 mars, a aussi déclaré à l’AFP que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, « veut absolument que le Conseil agisse, non seulement pour préserver la Minurso, mais aussi pour éviter des actions similaires dans d’autres opérations de maintien de la paix dans le monde », dont les pays hôtes pourraient être « tentés de se débarrasser », selon ce responsable « qui connait bien le dossier » et parlait anonymement à des journalistes a précisé l’agence. Les 15 pays du Conseil, qui n’ont pour l’instant pas pu s’accorder sur une position commune, « sont de plus en plus conscients qu’il faut faire quelque chose » pour apaiser la tension avec le Maroc, a encore fait valoir le responsable. Il a par ailleurs jugé « tout à fait exagérée » la réaction du gouvernement marocain. Celui-ci a expulsé la quasi-totalité des experts civils expatriés de la Minurso, au point de « risquer de rendre la mission inopérante » , toujours selon cette source qui évoque « une violation sans précédent de la Charte de l’ONU (…) et un défi direct adressé au Conseil de sécurité ».

Un tout autre son de cloche côté marocain. Pour Salaheddine Mezouar , les décisions du Maroc sont « irrévocables ». Le ministre a implicitement répondu aux accusations du diplomate en soulignant que le Maroc s’engagerait à aider la mission onusienne «  dans le cadre défini par la Charte des Nations Unies ». Il a indiqué que le royaume est ouvert à un « dialogue responsable» pour « reconstruire la confiance et relancer le processus politique » qui a été mis à l’arrêt suite « aux dérapages de Ban Ki-moon ».

La diplomatie marocaine avait annoncé, le 15 mars,  la « réduction significative (…) d’une grande partie de la composante civile et plus particulièrement le segment politique de la Minurso» et enfin « l’annulation de la contribution volontaire qu’accorde le Maroc au fonctionnement de la Minurso». Le royaume avait également annoncé  « l’examen des modalités de retrait des contingents marocains engagés dans les opérations de maintien de la paix » mais est revenu sur cette décision à la demande des pays africains concernés par ces missions de maintien de la paix.

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Repenser la Minurso

Pour le professeur Mustapha Sehimi, juriste et politologue, la position du Maroc « est une manière de forcer le Conseil à repenser le format de la Minurso devenu caduc. S’opposer à son existence même ce serait s’opposer frontalement au Conseil de sécurité, mais ce n’est pas le cas ».

Établie par la résolution 690 en date du 29 avril 1991, la Minurso avait pour mandat initial l’organisation d’un référendum d’auto-dermination. « Depuis 2004, le Conseil de sécurité a jugé qu’un tel référendum n’était pas praticable, car un accord n’a pas été trouvé sur l’identification du corps électoral. Le Conseil s’est donc tourné vers un processus de résolument négocié. La composante civile et politique de la Minurso n’avait donc plus de rôle à jouer », poursuit Mustapha Sehimi. D’autant que parmi les autres prérogatives de l’opération de maintien de la paix, la surveillance du cessez-le-feu est effectuée par les militaires, et les échanges de prisonniers (sous l’égide de la Croix-Rouge) sont achevés.

Pire, pour le Maroc, la présence de ces 80 expatriés de l’ONU était devenue gênante. « Aux yeux du Maroc, cette composante civile et politique était devenue un foyer de réflexion et de traitement des réclamations des séparatistes. Une sorte d’officine instrumentalisée par la propagande adverse qui s’en servait comme d’une boite aux lettres alimentant le secrétariat de Ban Ki-moon et qui affectait sa neutralité », explique encore Sehimi. Le Maroc avait déjà, en 2015, remis en cause « la neutralité de certains fonctionnaires du secrétariat général », rappelle Sehimi. « Le Maroc s’était inscrit dans un processus pour repenser la Minurso, qui va fêter ses 25 ans. Ban Ki-moon se départissant de sa neutralité, il ne fallait pas manquer l’occasion pour monter d’un cran et remettre les choses à plat », conclut le professeur de droit.

Vers une résolution « constructive » ?

Le relance du processus politique est souhaitée par le Conseil de sécurité de l’ONU au vu des déclarations, faites dans la soirée du 24 mars, par le chef de la représentation angolaise à l’ONU, Ismaël Gaspar Martins, qui préside le Conseil de sécurité durant le mois de mars.  Lors de son intervention ce dernier a demandé a ce que le conflit entre le royaume et le secrétaire général de l’ONU soit résolu « de la manière la plus constructive et positive possible ».  L’instance onusienne souhaite également que « la Minurso puisse retrouver sa pleine capacité à accomplir son mandat, tel qu’il figure dans plusieurs résolutions du Conseil de sécurité » a indiqué Martins.  Celui-ci ne s’est toutefois pas exprimé sur un éventuel soutien au secrétaire général de l’ONU. Un point que n’avait pas manqué de signaler Salaheddine Mezouar lors de son intervention devant la presse.

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