Economie

Mohamed Benajiba, l’homme qui influence le prêt-à-porter européen depuis le Maroc

Mohamed Benajiba, 32 ans.
Mohamed Benajiba, l’homme qui influence le prêt-à-porter européen depuis le Maroc
février 07
11:35 2016
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Mohamed Benajiba a choisi de quitter le luxe français pour développer la création textile marocaine.

« C’est bien d’avoir une expérience à l’étranger, mais il est dommage que ceux qui sont censés être le moteur économique et industriel du pays ne reviennent pas », estime Mohamed Benajiba qui, lui, est revenu au Maroc pour lancer son entreprise de textile, et ne compte pas repartir de sitôt.

Ce Tangérois âgé aujourd’hui de 32 ans a quitté le Maroc après le bac, en 2001. Après ses années de classes préparatoires, il intègre la réputée École polytechnique. Lui qui se dit « loin du stéréotype du polytechnicien », décide de conclure ses études par une année à HEC en suivant un master consacré à la création d’entreprises. L’idée de monter sa société trotte déjà dans sa tête.

L’amour de la mode

« J’ai toujours été attiré par la mode et le design, je me suis dit, ‘ quitte à travailler, autant le faire dans quelque chose qui nous plaît ‘ », nous explique l’entrepreneur. À sa sortie d’école, c’est alors vers ce secteur qu’il se tourne, en réalisant un stage en tant que bras droit du directeur général de la marque française Gerard Darel. Son premier poste, il le décroche chez Christian Dior Couture où il exerce d’abord la fonction de business analyste puis celle de gérant de magasin.

Mais au bout de quatre ans, l’idée de rentrer au pays pour entreprendre le titille de plus en plus. Il nous raconte : « Je me demandais si mon retour allait bien se passer. J’ai bien sûr pris le temps de la réflexion ». Pas étonnant quand on décide de quitter un groupe de luxe parmi les plus prisés des étudiants de grandes écoles.

Mango, Zara, Top Shop…

Il revient finalement à Tanger en 2013 pour créer avec son beau-frère le groupe de textile Vita Couture. Jusqu’à présent, il s’agissait seulement d’une entreprise familiale de fabrication, dénommée autrement, en place depuis une vingtaine d’années. Lui veut désormais proposer un service intégral aux marques : de la création à la livraison, en passant par la confection. « Bien sûr il y a plus de choses à contrôler, surtout que le Maroc montre beaucoup de retard en termes de capacité industrielle et de personnel de qualité, mais les Turcs et les Chinois l’ont bien fait avant nous », commente l’ancien MRE qui s’est lancé sans emprunter.

Et le polytechnicien a bien fait d’être sûr de lui. L’entreprise compte maintenant parmi ses clients les plus grandes marques de prêt-à-porter  européennes (Mango, Zara, H&M, Top Shop…) et affiche « une croissance à deux chiffres importants tous les ans ». Tous les mois, il propose des collections à ces marques, s’accorde avec elles sur les prix puis se charge ensuite de tout. La marchandise n’est pas livrée plus de deux mois après. Aujourd’hui, Vita Couture possède six usines (cinq à Tanger et une à Casablanca), trente salariés rien que pour le bureau d’études (stylistes, modélistes, acheteurs…), et plus de 2 000 au total.

Un comeback évident

Pour Mohamed Benajiba, créer son entreprise au Maroc était une évidence : « Si les gens formés dans les plus grandes écoles étrangères ne reviennent pas, il n’y a pas de transfert de connaissances possible et il y aura toujours un nivellement par le bas », nous explique celui qui voulait aussi retrouver sa famille. « Tout entrepreneur sait qu’il doit faire des sacrifices au moment de créer une nouvelle entreprise, en particulier d’un point de vue salarial. Et ce fut le cas. Cependant, aujourd’hui, quand je fais mes comptes entre salaire et vie personnelle je suis gagnant », résume le businessman.

L’entrepreneur a fait le choix du développement. Une nouvelle unité d’impression digitale devrait bientôt ouvrir. Le but : imprimer leurs propres tissus pour ne plus dépendre des fournisseurs étrangers et ainsi être plus réactifs et plus compétitifs en termes de prix. Alors, la prochaine étape serait-elle de lancer sa propre marque ? « Cela peut être envisagé », nous répond sereinement Mohamed Benajiba, qui voit grand, mais préfère avancer doucement.

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