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Les journalistes soupçonnés de chantage à Mohammed VI attaquent l'enquête

Les journalistes soupçonnés de chantage à Mohammed VI attaquent l'enquête
décembre 13
09:37 2015
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Les deux journalistes français mis en examen pour chantage et extorsion à l'encontre de la royauté marocaine tenteront mardi 15 décembre de faire annuler une partie de la procédure, affirmant avoir été piégés par des écoutes et une enquête qu'ils jugent déloyale.

Entendue par la juge d'instruction à la mi-octobre, Catherine Graciet, 41 ans, a avoué sa "honte", se disant "minable" d'avoir accepté un marché avec Rabat pour renoncer à la sortie d'un livre soi-disant explosif. Mais "je n'ai pas menacé. C'est eux qui ont proposé", a-t-elle assuré, selon une source proche de l'enquête.

Cette transaction rocambolesque à trois millions d'euros s'était scellée le 27 août entre un avocat servant d'émissaire au Maroc, Hicham Naciri, et les deux auteurs, Catherine Graciet et Eric Laurent, dans un luxueux palace parisien, avec signature d'un contrat et remise de deux enveloppes de 40.000 euros.

Le tout sous la surveillance discrète de la police qui allait interpeller les deux journalistes, dans le cadre d'une instruction ouverte après une plainte du royaume à Paris. Car Éric Laurent avait pris contact avec le cabinet du roi dès le 23 juillet et avait déjà eu deux rendez-vous en tête à tête avec Me Naciri, les 11 et 21 août. Dès la première rencontre, l'idée d'une négociation avait été avancée.

Les deux mis en examen contestent avoir été à l'initiative d'un chantage, évoquant une transaction qui s'est nouée librement. Confronté, lors de sa garde à vue, aux enregistrements des rencontres, Éric Laurent a eu des propos ambigus, parlant d'abord "d'une proposition avancée par l'autre partie", puis avouant avoir lui-même "suggéré à Naciri dès le premier rendez-vous" un deal financier, selon une source proche du dossier. "On s'est fait piéger", a-t-il résumé, accusant Rabat de vouloir le discréditer.

Lire aussi: Chantage royal: ce que révèlent les enregistrements pris par l’avocat marocain

Rejet préconisé

Mardi, les deux journalistes et leurs avocats vont se tourner vers la cour d'appel de Paris pour demander l'annulation des enregistrements des deuxième et troisième rendez-vous, ce qui affaiblirait l'enquête. Concrètement, ils reprochent au parquet de Paris puis aux juges d'instruction d'avoir laissé l'avocat marocain procéder lui-même à ces captations, avec son téléphone, alors qu'une procédure judiciaire était ouverte après le premier rendez-vous. Or, dans un tel cadre, la sonorisation d'un lieu répond à des règles strictes, soutiennent-ils.

"A quoi bon s'encombrer de règles, strictement posées par le code de procédure pénale, si l'autorité judiciaire peut si facilement s'en affranchir par le truchement de l'avocat mandaté du plaignant", demande l'avocat d'Éric Laurent, William Bourdon, interrogé par l'AFP.

Le raisonnement n'a pas convaincu le parquet général de Paris, qui préconise le rejet des demandes dans son réquisitoire écrit, selon des sources proches du dossier. Le ministère public retient que c'est l'avocat qui a pris seul l'initiative d'enregistrer les deux rendez-vous même s'il était déjà en contact avec les enquêteurs, expliquent ces sources. Or, selon la jurisprudence, les enregistrements réalisés par un particulier ne rentrent pas dans le même périmètre qu'une sonorisation ordonnée par les enquêteurs.

Un argument peu crédible aux yeux de l'avocat de Catherine Graciet. "Les policiers étaient là, ils étaient forcément prévenus, d'autant que l'avocat avait enregistré le premier rendez-vous", dit Éric Moutet.

L'audience aura lieu à huis clos, à 11H00, et la décision sera mise en délibéré.

Le lendemain, Éric Laurent et Catherine Graciet attaqueront cette fois le Journal du dimanche, qu'ils accusent d'atteinte à la présomption d'innocence pour un article paru quelques jours après la révélation de l'affaire.

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