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Les liens intéressés du Maroc avec les lobbies juifs américains

Les liens intéressés du Maroc avec les lobbies juifs américains
avril 27
05:40 2015
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La diplomatie marocaine entretient des liens avec les lobbies juifs américains dans l’espoir de bénéficier de leur « influence considérable » auprès des décideurs politiques américains.

L’American Jewish Committee, un lobby juif américain parmi les plus influents outre-Atlantique, a des liens réguliers avec le Maroc, mais il n’est pas le seul, révèlent des documents confidentiels publiés par le compte Twitter anonyme Chris Coleman.

Si le 16 mars dernier, ce lobby publiait un communiqué faisant état d’une récente visite auprès du chef du gouvernement Abdelilah Benkirane et des hauts responsables marocains (sans préciser lesquels), d’autres interactions récentes ressortent des documents diplomatiques que le hacker Chris Coleman a récolté dans les boîtes emails du ministère des Affaires étrangères, vraisemblablement piégées par ses soins.

Influencer les nouveaux dirigeants islamistes au Maghreb

Ce sont pas moins de trois visites que l’AJC a rendu à des membres du gouvernement marocain depuis 2010.

Une visite d’une délégation de l’AJC a été programmée du 21 au 26 juin 2013, peut-on lire dans une note de la direction des Affaires américaines adressée à l’ambassadeur marocain à Washington datée du 7 mai 2013 (ce document visait à préparer le programme de la visite). C’est à Mohand Laenser, alors ministre de l’Urbanisme et de l’aménagement du territoire, et non à un diplomate, que ce courrier propose d’attribuer la responsabilité de recevoir cette délégation (lors d’une précédente visite de l’AJC, tenue en décembre 2010, Mohand Laenser – entre autres – avait déjà accueilli l’American Jewish Committee, lorsqu’il était ministre d’État, rappelle Yabiladi).

La visite de juin 2013, qui a conduit l’AJC au Maroc et en Tunisie, à la rencontre de nombreux responsables politiques, semble notamment motivée par le soucis de défendre les communautés juives de ces deux pays, y soutenir les réformes démocratiques (droits des femmes, liberté de conscience…) et la normalisation des relations avec Israël, dans le contexte de l’après Printemps arabe qui a vu des islamistes accéder au pouvoir, comme l’explique Jason Isaacson, directeur des affaires internationales de l’AJC, dans une vidéo tournée précisément à l’occasion de ce voyage, dans sa partie tunisienne :

Quatre jours avant cette correspondance, cette même ambassade avait retranscrit à son ministère de tutelle une allocution de John Kerry, secrétaire d’État américain, tenue au forum global de l’American Jewish Committee. En effet, dans un câble diplomatique, Rachad Bouhlal, l’ambassadeur marocain à Washington, relate cet événement, ayant eu lieu « devant une audience de plus de 1 500 personnes ».

La diplomatie marocaine a donc témoigné d’une participation attentive à ce forum, à l’occasion duquel John Kerry s’est employé à rappeler que « l’administration Obama a toujours œuvré pour un avenir solide et prospère pour l’État d’Israël », tout en « [louant]  les efforts déployés par l’Autorité palestinienne afin des bâtir des institutions, un dispositif de sécurité et la démocratie ». L’AJC est généralement présenté comme un important lobby juif, partenaire relativement plus modéré que l’AIPAC, ouvertement pro-israélien.

Échange de bons procédés

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Mais l’AJC n’est pas le seul lobby juif américain avec lequel l’ambassade marocaine aux États-Unis noue des relations. Un câble diplomatique du 10 avril 2014, toujours adressé par Rachad Bouhlal au ministre des Affaires étrangères, lui fait part du souhait de la délégation de l’Organisation des fédérations juives de l’Amérique du Nord (JFNA), de « faire l’objet de l’immense privilège de bénéficier d’une audience royale ».

L’ambassadeur transmet la demande à Salaheddine Mezouar en lui rappelant que la visite prévue par la JFNA en avril-mai 2014 « aura pour objectif de renforcer les liens étroits qui existent déjà avec cette organisation dont les dirigeants n’ont pas manqué, chaque fois qu’ils sont sollicités, de défendre les causes et intérêts suprêmes de notre pays en faisant usage de l’influence considérable qu’ils exercent auprès des décideurs politiques et faiseurs d’opinion américains ». Un échange de bons procédés dont les termes ne sont toutefois pas développés.

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Le câble est accompagné comme il se doit d’une lettre adressée à Mohammed VI, rédigée par Marilyn R. Diamond, consul honoraire du Maroc à Chicago, qui fait l’intermédiaire pour l’Organisation des fédérations juives d'Amérique du Nord.

Elle explique au roi que la visite des membres de la JFNA s’adresse à des adhérents de la King David Society (KDS), membre de la JFNA, qui sont des figures de « l’humanitaire, des affaires, et de l’engagement civique ». Pour que soit retenue leur participation à ce voyage, leur premier au Maroc, ils ont fait la donation « d’au moins 25 000 dollars [248 000 dirhams] à leurs fédérations respectives ». Marilyn R. Diamond indique également à Mohammed VI que le JFNA « lève chaque année 3 milliards de dollars [29,7 milliards de dirhams] qu’il redistribue au titre du bien-être social et des besoins pédagogiques des communautés juives à travers 70 pays de par le monde ».

Ces informations sont confirmées par le compte-rendu de ce voyage publié en ligne par l'association JUF's King David Society, organisatrice du voyage (traduit en français par le site Bladi.net).

Aucune mention d’une audience royale n’y est faite. En revanche, Steven B. Nasatir, président du JUF King David Society, y résume en ces termes les rôles des 54 volontaires :

Lorsque vous participez à une mission JUF King David Society dans un pays qui a une importance géopolitique pour Israël et le peuple juif, vous devenez un mini-ambassadeur du peuple juif.

Par ailleurs, également en avril 2014, les deux parlementaires américains qui coprésident la commission Tom Lantos des droits de l'Homme (commission relatives aux droits humains de la Chambre des représentants) ont écrit une lettre à John Kerry pour demander l'inclusion de la supervision des droits de l'Homme au mandat de la Minurso au Sahara.

L'AIPAC, joker dans le jeu diplomatique marocain ?

Quelques jours seulement après l'envoi de cette lettre, détaille le site américain Mondoweiss, reprenant une information alors publiée par Lakome (article reproduit ici), « ayant déjà recruté parmi les meilleurs cabinets de lobbying de Washington pour des résultats mitigés, le gouvernement marocain s'est visiblement tourné vers l'AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) ». En effet, selon Lakome, une délégation « marocaine composée de hauts responsables sécuritaires, d’un ministre et d’un patron de presse proche du régime » s'est alors rendue à Washington pour rencontrer des responsables de l'AIPAC et de l'AJC.

Enfin, selon le site Free Arabs, le Moroccan American Center for Policy, ONG enregistrée officiellement auprès des États-Unis depuis 2004 comme une émanation du gouvernement marocain, y a payé de nombreux services de conseil et de relations publiques, notamment auprès de Beckerman, dont la filiale Avalanche Strategic Communications (ASC) s'est faite missionner en ces termes par Beckerman :

[ASC] se concentrera sur la stratégie et la programmation de services en lien avec les médias et policy makers... sensibilisera la communauté juive et les médias, ainsi que d'autres groupes et individus qui impactent la politique étrangère américaine.

Un soutien alors facturé 106 136 dollars (1 million de dirhams) au Moroccan American Center for Policy, en l’occurrence pour une prestation allant de mars à septembre 2011.

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