Economie

Et si on payait plus d’impôts?

Crédit : Philip Taylor/Flickr.
Et si on payait plus d’impôts?
mars 13
15:28 2015
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L’association Anfass dénonce une politique d’austérité et demande plus de redistribution. Elle a monté un scénario d’augmentation des recettes fiscales.

Passer les impôts de 24 % à 34 %, voilà le projet du mouvement Anfass démocratie. Dans un rapport publié le 11 mars, il fustige la politique économique menée par le Maroc en dénonçant, entre autres, les indemnités fiscales accordées à certains secteurs.

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L’association commence par comparer les PIB du Maroc et du Brésil, de la Corée du Sud, de la Tunisie, et de l'Algérie : des pays qui ont dépassé le Maroc en termes de PIB alors qu’ils étaient au même niveau dans les années 1960. Idem pour le niveau de développement humain.

Parmi les reproches formulés par le rapport : l’influence des institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale) sur la politique menée par le Maroc : « Il est primordial que le Maroc retrouve sa souveraineté sur la décision socio-économique », est-il écrit dans le rapport. « Arrêtons de diaboliser la dette et le déficit publics ! », demande encore l'association.

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Développer l'industrie

Autre critique : le soutien à l’agriculture, alors que le secteur ne crée plus d’emplois. D’un autre côté, l’association regrette l’importance croissante du secteur tertiaire. Faut-il alors tout miser sur notre industrie ? « Nous avons une sensibilité de gauche donc forcément oui, nous sommes attachés à ce secteur », explique à Telquel.ma Mounir Bensalah d’Anfass :

L’agriculture peine à s’industrialiser, et les services, qui sont privatisés, sont une aberration, avec par exemple des centres d’appel qui demandent aux gens d’avoir bac + 4 pour répondre au téléphone.

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En arrêter avec les exonérations fiscales pour les promoteurs immobiliers

Pour l’association, certaines indemnités fiscales ne se justifient pas. Le rapport pointe surtout du doigt les exonérations dont bénéficient les promoteurs immobiliers pour construire des logements sociaux : « la promotion immobilière bouffe 10 % des dépenses fiscales alors que concrètement, elle ne rapporte rien », estime Mounir Bensalah.

Mais l'association critique aussi d'autres secteurs, comme celui de l'éducation par exemple. Elle regrette, entre autres, que les écoles privées fixent elles-mêmes les frais de scolarité alors qu'elles bénéficient d'exonérations fiscales. Dans un précédent rapport dédié à l'éducation, Anfass proposait d'instaurer des déductions fiscales pour les ménages qui investissent dans l'éducation de leurs enfants, et de manière plus générale, de lier tous les avantages sociaux (aides directes notamment) à l'éducation des enfants.

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Autre critique précise : la politique en matière d’emploi. L’association donne l’exemple de l’augmentation de 600 dirhams accordée à 900 000 fonctionnaires en 2011, qui équivaut à la création de 90 000 emplois avec un salaire de 6 000 dirhams brut par mois.

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Une éco-taxe ?

La solution aux problèmes de développement et de chômage ? Augmenter les impôts, d’après l’analyse d'Anfass. L’idée étant de les augmenter progressivement, de 2 % chaque année. « Si on veut devenir un pays social, il faut passer rapidement à 34 % », annonce Mounir Bensalah, pour qui « l’effort doit être beaucoup plus réparti et plus progressif en matière de hauts revenus ». A ce titre, l'association regrette par exemple la suppression de la contribution sociale de solidarité imposée aux hauts revenus. L’association préconise aussi une généralisation des cotisations sociales, permettant bien sûr en même temps d'assurer des filets sociaux. Autres manières (plus consensuelles) d’augmenter les recettes fiscales : élargir l’assiette en luttant contre l’informel et combattre l’évasion fiscale. Aussi, le rapport évoque une autre ressource : la taxation des activités écologiquement nuisibles.

Pour l'association, ces gains seraient utilisés pour la lutte contre le chômage, la mise en place d'une couverture maladie universelle et la culture. Anfass préconise en effet de se servir d'un quart de cette hausse de ressources pour financer la culture.

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