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Zakaria Boualem et la guerre des langues

Zakaria Boualem et la guerre des langues
mars 08
08:41 2015
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C’est un Zakaria Boualem alerte qui vous reçoit aujourd’hui. L’œil vif, il contrôle l’avancée de la construction du Maroc Moderne et vous en rend compte chaque semaine. C’est la mission qu’il s’est assignée, toute autre tâche lui semble hors de ses maigres capacités. Cette semaine a été marquée par une vive polémique autour d’une interview accordée par notre ministre de la Communication à une radio française. Le porte-parole du gouvernement y a délivré une performance qu’on aura du mal à qualifier de brillante. Nul n’a pu expliquer à Zakaria Boualem pourquoi il avait accepté de s’exprimer en français. C’est un épais mystère. Le Guercifi n’a pas non plus compris pourquoi on avait demandé à ce ministre ce qu’il pensait d’éventuelles négociations avec Al Assad, puisque tout le monde sait que la production de ce genre de réflexions dépasse largement ses prérogatives. Tout cela n’est pas très grave, en fait, on n’est plus vraiment à ça près. Ce qui l’est sans doute plus, c’est de constater que le Maroc est en proie à une sorte de guerre des langues. L’intervention du ministre a permis de laisser gambader à l’air libre une masse puissante de clichés que nos communautés linguistiques entretiennent les unes envers les autres, et qu’elles se balancent à la gueule avec enthousiasme au moindre débat. En voici une petite compilation.

L’arabophone est un être retors. Noyé dans une langue du passé, il est sous-informé, réfléchit mal et navigue à la limite de l’imbécilité. Incapable de raisonner par lui-même, il multiplie les références pompeuses à la oumma arabe, systématiquement victime de complots sionistes. Il entretient une nostalgie inexplicable pour un âge d’or dont il a vaguement entendu parler, et rumine toute la journée l’aigreur infinie que seul un destin tragique peut produire. Il ne propose rien, si ce n’est le rejet de tout ce qui n’a pas l’incontestable validation d’une tradition fantasmée. Pour terminer, il n’aime rien tant que se draper dans la sacralité de la langue qu’il affectionne pour exercer un ascendant psychologique sur son interlocuteur. C’est une véritable manie.

Le francophone est un être retors. Il est riche, dans un pays où c’est rarement bon signe. Complètement coupé du peuple et de ses aspirations, il survit en respiration artificielle dans une sorte de bulle bourgeoise dévoyée où il peut laisser libre cours à sa dépravation morale. Incapable d’apprendre une langue aussi riche que l’arabe, il ourdit des stratagèmes pour promouvoir la darija, seule issue à son ignorance. Francophile, il gobe tout ce que lui balance l’Occident sans la moindre réserve, et accepte la perte de tous ses repères, ce qui est assez aisé puisqu’il n’en a qu’une connaissance imparfaite. Arrogant, il se fout de la gueule des gens qui font des fautes en français, qu’il voit comme des ploucs alors qu’il est profondément incapable lui-même de lister les sœurs de Kana. Et, bien entendu, il est Charlie.(fin de la série de clichés, petite coupure pub, retour plateau et merci). Voilà, en gros, les clans tels qu’ils se perçoivent, c’est assez peu réjouissant. Si notre héros a pris le soin de réaliser ce petit best-of, ce n’est pas uniquement pour le plaisir que peut procurer une écriture délirante, c’est aussi pour exposer la profondeur des ressentiments. Il faut préciser que la plupart des Marocains ne parlent pas le français et plutôt mal l’arabe, ce qui est assez étrange pour un pays qui enseigne les deux. Ils laissent donc aux communautés linguistiques précitées le soin de s’exprimer pour eux, et au passage leur faire dire ce qui les arrange. Voilà, c’est tout pour cette semaine, et c’est un peu inquiétant. Allah y 3aounkom.

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  • Rastapha

    Amen.

  • charaf

    bonjour Mr boualam.
    je suis d'accord avec votre analyse et je suis pour une petition pour recenser ceux qui se sentient dans ses cas retord ( francophone ou arabophone ou mixe les deux.).
    je vous souhaite bon courage.

  • Chef Magasinier au Makhzen

    les arabiens c'est où dites ont arabêtisé les Marocains pour un petit moment...

  • Debbagh Mohamed Anass

    Tu as tout compris Boualem

  • aliflam241

    Cette situation,assez bien décrite, est le résultat d'un systeme éducatif qui a toujours été "géré" par des sécuritaires et dont l'objectif (dans les années 80) était avant tout de CASSER toute contestation.
    Ce système a causer la mise en place d'un système de castes dans lequel ceux qui peuvent se permettre d'étudier dans l'ancien système (en gros le système français) sont assuré de garder les avantages que leurs parents ont obtenus (par le travail ou par des faveurs).
    Le Français, en tant que langue, devient donc le signe exterieur de ce système de caste qui doit etre détruit si nous voulons sauver ce pays.
    Maintenant, un pays ou une population ne peut etre réellement indépendant que si les gens pensent dans LEURS langue. Dans ce cas-ci, nos langues sont les différentes langues amazigh et l'arabe. Le systeme educatif doit s'assurer que la langue arabe "populaire" (darija) soit enrichie afin qu'elle s'approche de la langue classique. Telle qu'elle est, la darija est une expression de notre analphabetisme généralisé.
    N'oubliez pas que l'Arabe nous ouvre un marché de 300m de consommateurs ouverts sur le monde. Le français nous donne acces à un pays (la France) qui se meurt. Oui, il y a l'Afrique de l'Ouest mais c'est pour le tres long terme. Cette region demandera 30 ans de travail avant de s'approcher du Golfe.

  • Youssef Assif

    Ca ne sert a rien de commenter puisque vous censurez

  • Fassi

    Notre langue Amazigh avant tous , et l'anglais devrait être la première langue étrangère et pour la deuxième langue il devrait y avoir un choix entre l'arabe ou le français .

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