Patrons, syndicats, gouvernement: le dialogue sur la bonne voie?

Le secrétaire général de l'UMT Miloudi El Mokharik s'est prêté au jeu des questions réponses avec les patrons au siège de la CGEM mercredi 18 février.

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Miloudi El Mokharik
Miloudi El Mokharik. Crédit: Rachid Tniouni

Le 18 février, Miloudi El Mokharik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT) était l’invité de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Interpellé, devant un parterre de patrons, par le président de la Commission Emploi et relations sociales de la CGEM Jamal Belahrach sur les grèves jugées trop nombreuses par certains patrons ou encore sur les relations entre syndicats et gouvernement, Miloudi El Mokharik s’est voulu rassurant : « Nous ne considérons pas les employeurs comme des adversaires mais comme des partenaires ». Alliés, notamment, pour lutter contre l’informel ou à plus brève échéance organiser les élections professionnelles.

Le dialogue social enfin réamorcé

Miloudi El Mokharik est revenu sur le gel du dialogue social avec le gouvernement qui a duré plus d’un an. « L’UMT croit en la vertu du dialogue mais le gouvernement n’avait pas de volonté politique de mener ce dialogue et une concertation. Dialogue ne signifie pas bavardage. Nous recevions des convocations administratives sans même un ordre du jour, et nous avons toujours réfusé ces invitations », explique le syndicaliste.

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Ce fameux « dialogue social » a repris le 10 février, entre syndicats de travailleurs et gouvernement, mais sans la CGEM, dit regretter Miloudi El Mokharik. Lors de cette réunion, l’UMT a proposé quatre commissions pour travailler sur les réformes. L’une d’entre elles doit notamment travailler sur les salaires et l’augmentation des revenus. Miloudi El Mokharik se veut, encore une fois, rassurant: « Bien sûr nous ne demandons pas une augmentation dans tous les secteurs mais il est normal que les secteurs qui gagnent beaucoup d’argent reversent les revenus de la croissance ».

Il ajoute que son organisation réclame que les salaires en dessous de 6 000 dirhams soient exonérés de l’impôt sur le revenu. L’UMT demande aussi une augmentation des allocations familiales, critiquant le fait qu’elles diminuent à partir du quatrième enfant. L’UMT a également réclamé une commission sur la liberté syndicale, une autre sur les négociations sectorielles et une dernière sur la réforme des retraites. Et, a annoncé Miloudi El Mokharik, le chef du gouvernement aurait répondu positivement à plusieurs de ces demandes dans un courrier daté du 17 février.

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Droit de grève : des critiques aux propositions de la CGEM

Cette rencontre était aussi l’occasion pour Miloudi El Mokharik de revenir sur le droit de grève, étant donné qu’elle se tenait justement lors de la journée internationale du droit de grève. Ce droit est garanti par la Constitution mais attend toujours d’être complété par une loi organique, et ce depuis la première constitution marocaine. Et si, en octobre 2014, le ministre de l’Emploi Abdeslam Seddiki avait annoncé que le projet de loi serait dans le circuit législatif avant 2015, il n’en est rien.

Sans surprise, Miloudi El Mokharik a défendu une loi « pour renforcer ce droit constitutionnel, mais pas pour le restreindre » réaffirmant que la grève était « l’unique arme que détiennent les salariés pour défendre leurs droits ». Il a notamment rappelé que la plupart des grèves sont déclenchées en raison de manquements des patrons et non pour de nouvelles revendications.

Il a enfin réagi au texte proposé par la CGEM. Le syndicaliste regrette qu’il ne mette pas l’accent sur la liberté syndicale, le texte ne protégeant pas les employés syndiqués des « retours de manivelle »: les licenciements au lendemain des grèves. Aussi, il ne cautionne pas le préavis de grève de dix jours proposé par la CGEM et aimerait que sa durée soit moins importante puisque « la grève : c’est l’effet de surprise ».

Toujours à ce sujet, le secrétaire national de l’UMT a martelé l’importance d’abroger l’article 288 du code pénal qu’il qualifie de « bavure juridique » héritée du protectorat. Cet article prévoit des peines de prison pour toute personne incitant à arrêter le travail. Le ministre de l’Emploi semble partager l’avis de l’UMT puisqu’il avait annoncé en octobre 2014 la suppression de ce texte.

Interpellé sur le fait que certains représentants syndicaux sont quelques fois entêtés face à leur employeur, Miloudi El Mokharik a concédé que « parfois la direction nationale et notre base n’emploient pas la même langue », insistant sur le fait que « l’UMT a beaucoup changé » et que les représentants passent maintenant par un institut de formation.

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