Bourse: à quoi servent les petites actions?

Les petites capitalisations sont toutes en mal de liquidité, de notoriété et de poids sur le marché action. Quel intérêt alors de rester cotées en Bourse ? Eléments de réponse.

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Elles sont une dizaine et se retrouvent constamment en marge de l’actualité boursière. Les petites capitalisations comme Balima, Rebab Company, Zellidja, Cartier Saada, Med Paper, Réalisations mécaniques, Oulmès, Nexans Maroc ou encore Timar impactent très rarement le cours du marché. « Il ne faut pas mettre toutes ces sociétés dans le même panier. Il existe deux catégories : celles qui sont cotées historiquement, bien avant la modernisation de la Bourse de valeurs de Casablanca dans les années 1990. C’est notamment le cas de Rebab Company, Zellidja et Balima. Parallèlement, il existe une deuxième catégorie, comme Timar ou encore Cartier Saada, qui ont intégré la Bourse assez récemment », précise Farid Mezouar, directeur exécutif de FL Markets, société spécialisée dans les services financiers de banque d’investissements.

Abstraction faite de la date d’introduction, ces sociétés ont plusieurs caractéristiques communes : l’illiquidité, la capitalisation famélique et le manque de notoriété. « Les petites capitalisations doivent investir dans une véritable stratégie de communication. Un aspect généralement négligé », souligne un broker. Quant à l’évolution du cours en Bourse, Farid Mezouar estime que « pour les sociétés Balima, Rebab Company et Zellidja, le cours en Bourse bouge rarement, et quand il évolue, c’est seulement pour enregistrer de toutes petites transactions. Cela s’explique par leur flottant qui est très faible. Celui de Zellidja, par exemple, ne dépasse pas 4% ».

L’insignifiance du flottant de ces sociétés est d’ailleurs souvent présentée comme un obstacle par les sociétés de Bourse qui ne couvrent pas toujours ces entreprises. « Les couvrir sur le plan analytique se révèle très risqué, tout d’abord à cause de leur manque de liquidité, d’autant qu’elles sont très volatiles du fait qu’un ordre d’achat ou de vente de 4 ou 5 actions  peut modifier leurs cours », explique un analyste. Pour les actions peu liquides, en cas de variation, les pertes pourraient atteindre 30 à 50% contre seulement 5 à 10% pour des valeurs plus liquides. De plus, « lorsque le marché boursier regorge d’une cinquantaine de sociétés représentant un intérêt beaucoup plus important, pourquoi devrait-on s’intéresser aux petites actions ? », avance le directeur exécutif de FL Markets.

 Rester coté, quel intérêt ?

La singularité du comportement de ces sociétés, conjuguée à une évolution du cours peu significative, pousse à s’interroger sur l’intérêt de rester coté en Bourse. Pour Farid Mezouar, la problématique n’est pas si simple : « Nous ne pouvons pas affirmer que ces sociétés n’ont rien à faire à la Bourse de Casablanca. Pour elles, l’intérêt de rester à la cote réside dans le fait que les transmissions des actions cotées sont beaucoup moins taxées. Autrement dit, leurs droits d’enregistrement sont beaucoup plus faibles que ceux dont doivent s’acquitter les sociétés non cotées ». Un grand avantage pour les actionnaires, qui ne voient aucune raison valable de demander une radiation de la Bourse, surtout pour les sociétés qui sont cotées depuis plusieurs décennies.

Plus encore, certains analystes affirment qu’il existe des investisseurs, y compris étrangers, qui portent un intérêt accru à ces entreprises. Cet intérêt réside  dans le fait qu’elles soient cotées. S’y ajoute le potentiel de croissance qui pourrait se révéler important conjugué à un coût d’investissement assez faible. « Un investisseur qui a l’intention de s’exposer à ces sociétés pourra toujours contacter les actionnaires et négocier directement avec eux sur le marché de bloc un pourcentage de capital. C’est toujours une bonne chose, surtout que ces sociétés offrent une petite diversification sectorielle dont souffre terriblement le marché », note le spécialiste. Aujourd’hui, le nombre de sociétés cotées est clairement trop faible dans la mesure où 28% des secteurs cotés ne sont constitués que d’un titre. Le cabinet Cejefic Consulting abonde dans le même sens : « Les secteurs importants de l’économie sont sous-représentés à la cote : l’agriculture, qui pèse pour plus de 14% en termes de valeur ajoutée dans l’économie marocaine, ne représente que 6% de la capitalisation boursière ».

Un dixième des volumes

D’où l’utilité fondamentale d’exister en Bourse. Par exemple, Oulmès représente, à côté de Brasseries du Maroc, le secteur des boissons, tandis que Balima représente l’activité de l’immobilier locatif. Cela n’empêche pas que le marché actions marocain demeure caractérisé par un désintérêt rapide pour les petites actions. « On voit ainsi qu’une grande majorité des actions (plus de 75%) sont laissées de côté par les investisseurs actifs. Elles ne représentent en 2013 que 10% du total des volumes, alors que 4 actions (Attijariwafa bank, Maroc Telecom, Addoha et BMCE Bank) ont drainé à elles seules 53% des volumes durant cette année », soulignent les analystes de Cejefic Consulting.

Dans ce sens, il s’avère primordial de mettre en valeur les petites et moyennes capitalisations en leur offrant un terrain de développement assujetti à leurs caractéristiques et besoins. « La tendance mondiale est de créer un marché de cotation alternatif dédié, en les positionnant comme des actions growth (de croissance). S’il est vrai qu’il existe déjà aujourd’hui un marché principal, un marché développement et un marché croissance sur la Bourse, il n’y a pas de différence marquée entre ces trois marchés hormis les conditions d’admission », souligne la même source. Vivement que la réforme de la Bourse soit entamée.

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