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Nouvelles technologies : les nouveaux conquérants

Photomontage : Ghassan El Kerouchi
Nouvelles technologies : les nouveaux conquérants
juillet 07
10:33 2014
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« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » La citation de Mark Twain pourrait illustrer les parcours exceptionnels de Hicham Oudghiri, Nizare Chafni, Mohamed Benboubker, Rachid Guerraoui, Tarik Fadli, Hamza Aboulfateh ou encore Karim Jazouani qui nous a quittés prématurément, il y a tout juste un an. 

Des Marocains dopés à l’innovation et animés par une foi inébranlable, qui réussissent à concrétiser leurs rêves ou sont sur le point de le faire. N’hésitant pas à traverser les océans et parfois même à s’endetter, ils travaillent sans relâche et prennent des risques audacieux. La tête dans les matrices mais les pieds sur terre, ces techno-geeks, chercheurs, entrepreneurs et  développeurs géniaux s’apprêtent à marquer de leur empreinte le monde des nouvelles technologies.

Hicham Oudghiri : le roi du Big Data

Hicham Oudghiri

C’est depuis New York, via Skype, que Hicham Oudghiri, fondateur d’Enigma, nous raconte l’histoire de sa start-up qui connaît un succès phénoménal, et avec laquelle il ambitionne de révolutionner le monde du Big Data.

Enfermé dans une pièce de deux mètres sur trois qui déborde de serveurs informatiques, il parvient difficilement à échapper aux sollicitations de sa vingtaine de collaborateurs. « Avec notre plateforme informatique Enigma, nous collectons, structurons et rendons accessibles à nos clients des milliards de données publiques », tente d’expliquer Hicham Oudghiri. Ce geek de 29 ans, au look de designer de Soho, jongle entre la darija, le français et un anglais américain impeccable. « Nous leur offrons de nouveaux angles d’observation et d’analyse des thématiques pour lesquelles ils nous mandatent. »

Un tweet présidentiel

Pour comprendre l’enjeu du Big Data, il suffit de savoir qu’Enigma, fondée en 2010 par Hicham Oudghiri et Marc Da Costa, un camarade de promotion de l’université de Columbia, a levé plus de 5,4 millions de dollars US. Parmi les donateurs, le New York Times, American Express et deux importants fonds d’investissement de la Silicon Valley. Leurs travaux sont suivis de près : Barack Obama himself les retweetera sur l’Open Data en octobre 2013, en pleine crise de vote du budget. Pas un jour ne passe sans qu’ils ne reçoivent des demandes de clients souhaitant utiliser leurs solutions. « Nous sommes obligés de refuser des clients aujourd’hui, confie Hicham. Nous avons la chance d’avoir des investisseurs qui nous disent de faire en sorte de choisir les meilleures sources de revenus. ». Un discours qu’on entend plus souvent de l’autre côté du globe. Les Etats-Unis, Hicham connaît bien. Avec un père cadre chez Royal Air Maroc, Hicham a grandi entre New York, Paris et Casablanca. Pour lui, l’ouverture sur le monde est une évidence. Très tôt, il s’enthousiasme pour le Web et l’informatique. Mais c’est pourtant en philosophie qu’il décroche un diplôme à l’Université de Columbia en 2006.

« Quand j’étais petit, mon grand-père m’appelait 3alach… J’ai gardé par la suite cette soif de connaissances ! » Hicham travaille ensuite dans le trading et la finance, notamment dans le domaine de l’énergie, avant de tenter en 2008 une expérience au Maroc. Il intègre une grande banque de la place pour gérer des projets de financement d’actions dans le développement durable, « une expérience enrichissante pour qui veut comprendre comment fonctionne le système marocain ».

Révolutionner la vie des gens

L’escale marocaine ne dure pas. Très vite, il repart aux USA et fréquente alors Stanford pour quelques travaux de recherche sur le Web sémantique notamment. Aujourd’hui, il se consacre au développement de son business model. Absorbé par Enigma et ses solutions algorithmiques complexes, il est convaincu de faire « quelque chose qui va avoir un impact phénoménal sur la vie des gens ». Et il consacre son temps libre à coder avec un groupe de hackers de Brooklyn, juste pour le fun !

Quand on lui demande s’il y a un lien entre le nom de sa start-up, Enigma, et celui de la fameuse machine à crypter utilisée par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, sa réponse fuse : « Aucun, si ce n’est que nous voulions montrer que la machine, bien que dotée de capacités de traitement de données extraordinaires, ne remplacera jamais les choix de l’homme pour décider de son avenir... »

Rachid Guerraoui : l’ovni

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Ce professeur chercheur à l’Ecole polytechnique fédéralede Lausanne (EPFL) est un véritable extraterrestre qui gravite très haut dans l’univers de l’informatique, et plus précisément de l’algorithmique répartie.

En bon pédagogue, Rachid Guerraoui décrit en toute simplicité son champ d’expertise. « En gros, j’étudie et développe la façon dont les ordinateurs peuvent continuer à travailler en réseau de manière optimale, même si des défaillances surviennent, en particulier dans des environnements critiques comme les centrales nucléaires, les centres de santé, les aéroports… » Elémentaire !

Primé par Google

C’est en Suisse que ce quadragénaire s’est installé en 2007 pour réaliser ce qui le passionne le plus : la recherche et l’enseignement. Et c’est à ce ponte de l’informatique que les Helvètes ont confié la direction de l’Institut d’Informatique fondamentale de l’EPFL. Si la Suisse est son pays d’adoption, il a d’abord fait escale à la Silicon Valley puis au fameux Massachusetts Institute of Technology de Boston.
HP, Microsoft, Google ou encore le Commissariat européen à l’Energie atomique le mandatent régulièrement pour des travaux de recherche. Google lui a attribué d’ailleurs l’année dernière le Google Focused Award pour le projet Web Alter-ego sur la mise en place d’une architecture spécifique pour la personnalisation de services Web. Cette année, il a obtenu le prix ERC de l’Union européenne, accompagné d’une ligne de financement de 2 millions d’euros pour son laboratoire de recherche. Avec le Maroc, il garde un lien étroit, notamment auprès de la communauté scientifique. Il organise la caravane du numérique (qui en est à sa 7e édition) en invitant des experts internationaux (MIT, Cambridge, EPFL… ) pour rencontrer les jeunes. Il a lancé sur le Web un projet inspiré des MOOC (Massive Open Online Course) via sa plateforme www.wandida.com.

La recherche avant tout

Son avenir, il le voit plutôt là-bas.
« Je me sens bien en Suisse. Je suis dans un environnement propice pour faire de la recherche et développement. » Rachid Guerraoui ne veut pas rejoindre ces technocrates aux commandes de postes stratégiques dans des organisations publiques marocaines ou suisses. « La politique, je l’étudie a posteriori, une fois qu’elle est consignée dans l’Histoire (sa deuxième passion, ndlr), pour dégager les tendances de fond qui expliquent le monde dans lequel nous vivons. » Ainsi, il refuse obstinément les propositions de « poste à caractère sensible ».

Même s’il a de l’énergie à revendre. Durant sa jeunesse au Maroc, il a évolué dans les équipes de jeunes du Difaâ Hassani El Jadidi, et en division d’honneur en France durant ses études d’ingénieur à Paris, puis en Suisse. Athlétique, endurant (il est marathonien), il peut être aussi cool : un de ses plaisirs quand il rentre au Maroc est de surfer sur les vagues de l’Atlantique. Un véritable extraterrestre, on vous dit...

Nezare Chafni : le visionnaire

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Retour sur la naissance d’un interphone intelligent né au Maroc et qui ne devrait pas tarder à envahir le monde. Nezare Chafni, techno-geek marocain de 26 ans, en est l’un des heureux parents.

Eté 2013, Taghazout. Deux jeunes d’une vingtaine d’années sont affalés, depuis quelques mois déjà, sur le canapé d’une auberge. Mais ils ne sont pas là pour profiter de la station balnéaire. Cheveux en bataille et tongs aux pieds, les deux compères ne quittent pas leur ordinateur. Ils ambitionnent de donner naissance à un interphone intelligent.
Janvier 2014, le décor a bien changé. Nos deux inventeurs surfeurs occupent désormais la scène principale de l’International Consumer Electronics Show à Las Vegas. Devant un parterre de journalistes et de décideurs, ils présentent « Chui », une innovation high-tech qui pourrait révolutionner notre premier contact avec notre domicile.

Sur les bancs de la faculté

Tout a commencé à l’université de Dallas. C’est là que le jeune Nezare Chafni et son camarade américain Shaun Moore imaginent « Chui » :
« Un jour, nous nous sommes demandé pourquoi, quand on rentre chez soi, la porte ne nous reconnaîtrait-elle pas, et ne s’ouvrirait pas devant nous, allumant les lumières, la télé ou la radio, tout en désactivant l’alarme… Bref, pourquoi ne pas rendre quelque chose d’aussi stupide qu’une porte autant intelligente que de nombreux objets qui nous entourent aujourd’hui », se souvient Nezare. Et le choix du nom n’est pas fortuit : Chui, c’est le terme swahili pour désigner le léopard. « Cet animal est doté d’une extraordinaire faculté d’adaptation. Nous voulions que Chui fonctionne dans différents environnements et s’adapte à différentes tâches. Ça collait bien. »

Un an et demi plus tard, les deux techno-geeks parviennent à développer un boîtier au look épuré et futuriste. Mais si les pré-commandes excèdent largement les prévisions initiales, ils n’en restent pas moins prudents. Chui va d’abord être testé auprès d’un panel d’utilisateurs avant d’être produit massivement pour le grand public. Nezare Chafni, qui a grandi à Abu Dhabi avant d’aller étudier aux Etats-Unis, a sans conteste l’aplomb nécessaire pour mener à bien ses projets. En 2012, il a même tenté une incursion dans la vie politique marocaine, en se portant candidat dans la circonscription de Sidi Othmane à Casablanca, sous les couleurs de l’Istiqlal. « Quand je rentrais au Maroc chaque été, je voyais beaucoup de choses que je voulais changer. J’avais un avis sur tout. » Si l’on a du mal à imaginer Nezare dans les arcanes de la politique nationale, lui en parle comme une « expérience enrichissante. Mais bon, mon accent pas vraiment d’ici ne m’a pas aidé. Et aussi, parmi la pléthore de candidats et de partis politiques, ce n’était pas évident de se distinguer »

L’entreprise dans la peau

Et c’est grâce à Chui que ce Marocain des Emirats va finir par se démarquer. A l’annonce de la mise au point du produit, les chaînes américaines et les sites spécialisés en font leurs choux gras. Au point qu’un certain Alex Bogusky, l’un des papes américains du design et du marketing, les repère. A travers son programme d’accélérateur de projets Boomtown, il soutient les deux jeunes entrepreneurs qui vont présenter leur invention ce 27 juin à une kyrielle d’investisseurs .

Leur objectif ? « Comme on dit en Amérique, we want to close it », décrète Nezare. Clore le dossier avant d’ouvrir les portes de millions de foyers ? Facile, leur business angel vient de leur en confier les clés !

Tarik Fadli : le militant

Tarik Fadli

Si, un jour, nos documents sont légalisés ou certifiés conformes grâce à une machine, sans bakchich ni attente, ce sera certainement grâce à ce jeune homme.

Cette machine, c’est Tarik Fadli, un Marocain de 34 ans, qui l’a rêvée. Elle a obtenu le prix Coup de cœur des trophées de l’innovation au Salon Med IT 2013, et son inventeur est nommé espoir de TIZI dans la catégorie Entrepreneuriat & Innovation. Le jeune patron d’Algo Consulting, une entreprise informatique qui réalise un chiffre d’affaires de plus de 12 millions de dirhams et emploie une trentaine de salariés aujourd’hui, a incontestablement des ressources à revendre.

American Dream

Dès 8 ans, il bidouille le petit ordinateur familial. « L’informatique pour moi, ça a d’abord été un hobby », dit-il. En 1997, son baccalauréat en Sciences expérimentales en poche, Tarik convainc ses parents, pourtant modestes, de lui financer une année d’études aux Etats-Unis. « Juste une. Si j’échoue, je rentre », tente Tarik. Face à cette détermination sans faille, les parents acceptent de s’endetter pour encourager l’aîné de leurs cinq enfants. Et à 18 ans, Tarik s’envole pour Denver, Colorado. Il entame des études en génie mécanique et effectue des travaux le week-end comme jardinier ou peintre en bâtiment. Tout est bon pour renflouer son maigre budget. Très vite, l’université repère ses talents en informatique et lui confie un poste de technicien réseau. Il en profite pour développer un logiciel en open data de gestion et d’optimisation des ressources de l’université, un outil qui sera adopté par plusieurs universités privées de l’Etat du Colorado.

Porté par ses premiers succès, le jeune homme se lance sur le marché du travail. « A 20 ans, je me vois proposer une opportunité à CTL Thompson, une entreprise de génie civil qui emploie 500 personnes et qui recherche son responsable informatique. Me voilà avec un gros salaire, une voiture de fonction… Le rêve américain quoi ! » Il passera plus de cinq ans à CTL Thompson, se verra offrir des actions, financer la reprise de ses études… puis s’embarquera dans une autre aventure, une banque de crédit online pour étudiants, fondée par un Chinois.

Le retour au bercail

Baignant dans le rêve américain, il en profite pour booster son CV et passe plusieurs certifications : développement de logiciels, ingénierie réseau, administration système et sécurité… Juste ce qu’il lui faut comme bagage pour qu’un géant comme Microsoft le repère en 2007 et lui propose un poste de responsable régional au Moyen-Orient ou en Afrique. Tarik choisira le Maroc. C’est le choc culturel. « Grandir dans un pays et y travailler, ce n’est pas pareil. » Fidèle à lui-même, il préfère s’installer en tant que consultant pour le géant informatique, et fonde Algo Consulting. Il décroche d’autres contrats, avec l’ONCF ou encore le Conseil économique, social et environnemental… « Pendant deux  ans, je travaillais dans les cafés ou chez les clients. J’ai recruté des amis à qui je ne payais que les frais de déplacement. »

C’est durant cette période qu’il imagine son système de dématérialisation et d'automate self-service pour la paperasse administrative. «  Dans une administration, j’ai croisé une vieille dame analphabète et démunie qui attendait depuis 8h30… Il était midi ! C’était inacceptable. » Il planche alors avec acharnement sur la solution, s’entoure d’autres jeunes talentueux, met au point l’appareil et le fait breveter. Aujourd’hui, les premières machines sont en cours de fabrication en Turquie. Tarik rêve pourtant de créer une usine au Maroc : « Je peux produire 20 unités par jour, créer 500 emplois directs et beaucoup plus d’emplois indirects, équiper tout le pays… Le besoin est énorme ! » Le roi de la dématérialisation cherche toujours à matérialiser ses rêves.

Mohamed Benboubker : l’homme pressé

Benboubker

Pour Mohamed Benboubker, cofondateur de Mobiblanc, entreprise spécialisée dans le développement et l’édition d’applications mobiles, tout se déroule à vive allure.

Quel est le point commun entre le monde du transport aérien et celui du mobile ? Sans doute ce qui caractérise également Mohamed Benboubker : la vitesse ! Frais émoulu de l’Ecole Mohammadia des ingénieurs – spécialité informatique – en 2000, Mohamed Benboubker enchaîne les sauts de puce dans les compagnies d’informatique, puis à la banque, avant d’atterrir chez Royal Air Maroc. Il y restera sept ans. Pour lui, ce sont sept années de bonheur. « On n’imagine pas la diversité des métiers et des spécialités qu’il y a dans le secteur du transport aérien. Etant donné que la sécurité des personnes est en jeu, tout est calculé au millimètre près », débite-t-il au rythme d’une mitraillette.

Entreprendre à tout prix

Ses capacités d’adaptation sont rapidement identifiées et il se voit confier en 2005 le management des ventes pour le marché espagnol. Plutôt une aubaine pour ce socio du FC Barcelone. Mais aussi un énorme défi : il ne parle pas un traître mot d’espagnol et n’a aucune formation spécifique en marketing. Qu’importe, Mohamed Benboubker apprend vite. L’idée d’entreprendre dans son domaine de prédilection, l’informatique, commence alors à germer dans son esprit. Avec un camarade de promotion, Youssef El Alaoui, il décide de franchir le pas en créant Mobiblanc en 2010. « C’était une opportunité incroyable pour nous parce que le monde de l’informatique renaissait avec l’essor du mobile. Youssef, dopé par son expérience d’ingénieur dans des SSII françaises, et moi, devenu spécialiste des ventes et du business development, étions complémentaires. » Les deux associés décident de s’engager pleinement sans se laisser la possibilité de reculer : ils mettent sur la table 1 million de dirhams de capital et abandonnent tous deux des positions confortables. Quatre ans plus tard, Mobiblanc emploie une trentaine de salariés et réalise un chiffre d’affaires de près de 9 millions de dirhams. « Notre force de frappe, c’est la vingtaine d’ingénieurs ‘‘mobile’’. Ce sont nos artistes à nous. »

La gagne comme unique option

Le succès de cette start-up s’explique sans doute par ses ressources humaines, mais aussi par l’effort commercial et de relations publiques de Mohamed Benboubker (son profil LinkedIn révèle une maîtrise édifiante du personal branding). Le bonhomme a la gagne, et ce, depuis son plus jeune âge. Elevé par sa mère et sa sœur – son père décède quand il a tout juste six ans – au sein d’une fratrie de cinq enfants, il aura pour modèle ses deux grands frères, respectivement commandant de la Marine royale et ingénieur. Dans cette famille modeste, l’échec n’est pas une option. L’adolescent curieux développe très tôt sa passion pour l’informatique (un peu de hacking, du codage, les premières plateformes de tchat…) et fantasme sur l’explosion d’Internet et ses possibilités illimitées. Une passion qui l’accompagnera sans cesse jusqu’à la naissance de Mobiblanc. Mohamed Benboubker rêve désormais encore plus grand. « Je veux faire de Mobiblanc une multinationale marocaine. Aujourd’hui, il faut être mondial. Je veux réaliser quelque chose de ‘‘wow’’. » Une ambition forte qui exige des moyens : « Nous avons besoin de fuel pour passer de 10 millions de dirhams à 100, 200 ou 300 millions.Des partenaires qui investiraient avec nous. » Et le chef d’entreprise déterminé croit détenir la recette : « Il faut dé-simlocker les cerveaux ! Au Maroc, nous sommes dans une culture qui bride le talent. J’ai besoin de jeunes bourrés de compétences et d’énergie, mais capables d’accepter un très haut niveau d’exigence. L’excellence, c’est ce qui peut nous distinguer. Sur notre marché, en un ou deux ans, une entreprise prospère peut disparaître. » Affaire à suivre…

Hamza Aboulfateh : le fonceur

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De la détermination, Hamza Aboulfateh n’en manque pas. A 28 ans, le jeune patron marrakchi de Genious Communication pilote une entreprise de 25 salariés, qui réalise un chiffre d’affaires de 7 millions de dirhams dans l’hébergement de sites web.

Hamza Aboulfateh est un entrepreneur précoce. « J’ai commencé à vendre mes services en informatique à l’âge de 17 ans. J’ai même échoué au baccalauréat une première fois parce que j’étais surchargé de travail en freelance. Mais je voulais quand même aller à l’étranger, au moins pour avoir un compte bancaire et pouvoir offrir mes services d’hébergement au Maroc. » Pragmatique, le jeune homme. Le baccalauréat en poche, il se rend à Lille puis à Paris, continue de gérer ses affaires à distance tout en entamant des études en informatique. Mais dès 2007, un gros client français le sollicite. Il s’agit du site de rencontres www.adopteunmec.com. Pour Hamza, le choix est clair : business first. En 2008 et à seulement 22 ans, il structure ses activités au Maroc en créant juridiquement Genious Communication.

La reconnaissance de ses pairs

Le gros tournant aura lieu en 2011, avec l’accréditation auprès de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), l’autorité de régulation d’Internet qui gère notamment l’attribution des noms de domaines. « Une consécration, quand on sait que nous sommes les seuls en Afrique du Nord, parmi les 6 en Afrique et le petit millier dans le monde. » En étant directement relié à la source d’attribution des noms de domaines, Genious Communication prend son envol. Un an plus tard, l’entreprise met en place sa propre infrastructure Cloud. Et pour Hamza, c’est le début de la reconnaissance sociale. En 2013, il sera nommé Espoir TIZI dans la catégorie Entrepreneuriat et Innovation et prendra par la même occasion une petite revanche sur l’histoire. « Moi qui n’avais pas fini mes études, j’ai pu bénéficier d’un Executive Program en Leadership à Harvard. » Il aura même l’occasion de côtoyer des grands de ce monde, comme John Kerry, Tony Blair ou Mahmoud Abbas, au World Economic Forum Middle East.

Le self-made man

C’est pourtant un autre défi qui préoccupait Hamza dernièrement : sa condition physique. Son passage en France entre 2005 et 2007 lui a valu 30 kilos supplémentaires. Décidé à se prendre en main, il s’est lancé il y un an dans le programme de remise en forme, Insanity. « Je me suis équipé d’un tapis roulant et d’un écran télé. Chaque jour, je fais 1 heure à 1h30 d’entraînement. » Il y mettra toute sa détermination et perdra son surpoids en une année. Avec sa mentalité d’entrepreneur autodidacte à l’américaine, Hamza Aboulfateh s’autorise à rêver toujours plus pour Genious Communication. Il veut multiplier par deux son chiffre d’affaires en un an, développer ses propres serveurs d’hébergement, conquérir l’Afrique… « Est-ce que c’est facile ? Non. Est-ce qu’il faut prendre des risques ? Oui. Moi, je n’ai pas l’intention d’attendre l’aide du gouvernement ou de je ne sais qui pour réussir. Je fonce dans le tas. » Voilà, c’est dit.

Karim Jazouani : Maktoob…

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Impossible de conclure cette série de portraits sans évoquer celui qui fut une locomotive de la sphère Internet marocaine. Mais ce jeune homme à l’avenir prometteur n’aura pas eu le temps de satisfaire toutes ses ambitions. Emporté à l’âge de 35 ans par un accident cardiovasculaire, il a laissé ses proches et ses pairs consternés par sa disparition fulgurante. « Dans le milieu, nous savons qui est qui, qui bosse et qui baratine, qui est passionné et qui est bluffeur. Lui, il était charismatique et gagnait facilement la confiance de ses interlocuteurs par la maîtrise de son domaine et son intelligence vive », confie Younes Qassimi, fondateur de Synergie Media et expert NTIC.

Karim Jazouani se fait connaître du grand public en 2010, lorsqu’il se met à animer l’émission « Le meilleur du Net » sur Atlantic Radio. Il a également cofondé le site www.thenexties.com, un magazine de l’innovation en ligne 100% marocain. Mais c’est son exploit auprès de Yahoo! qui marquera les esprits : en incitant l’opérateur à s’installer au Maroc, il ouvre un champ des possibles que ne tarderont pas à investir d’autres acteurs majeurs (Dailymotion, Google, Youtube…). « Karim avait approché, seul, Yahoo! et l’avait convaincu d’ouvrir une antenne dans notre pays. Il lui avait vendu notre communauté avec des arguments que Yahoo! ne pouvait pas réfuter. Il a fait pareil ensuite avec Wamda », poursuit Younes Qassimi. Au Maroc, le portail s’appellera « Yahoo! Maktoob »…

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