édito

Quand le Maroc s’ennuie

Quand le Maroc s’ennuie
juin 16
12:39 2014
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Ce qui caractérise actuellement notre vie politique, c’est l’ennui. Les Marocains s’ennuient. Rien ne les intéresse ou les fait réagir, sauf de savoir qui va remporter la Coupe du Monde, et surtout sur quelle chaîne la compétition sera retransmise. La politique au Maroc ressemble à un encéphalogramme plat, auquel seules quelques convulsions donnent encore une apparence de vie, ou de survie. L’actualité se résume alors au commentaire des photos du roi en Tunisie, aux petites phrases du Chef du gouvernement et aux tempêtes dans un verre de tequila soulevées par la déclaration d’un ministre sur le prétendu « bordel mexicain » que sont devenues nos chaînes.

On est loin, très loin de ces grands débats qui agitaient notre pays et l’animaient, il y a juste trois ans. En si peu de temps, on est passés du débat sur l’ampleur du pouvoir de la monarchie à celui des prérogatives d’un directeur de service public, et du contenu de la Constitution à celui des séries télévisées. Les partis se sont de nouveau mis en apnée et ne vont réapparaître qu’en milieu de l’année prochaine, pour rouvrir leurs échoppes électorales. Du côté de l’opposition « antisystème », les choses ne vont guère mieux : les disciples de Cheikh Yassine et les camarades de gauche ont disparu du radar politique. La Qawma et le Grand soir peuvent toujours attendre. Même ces jeunes, qui remplissaient les rues il y a trois ans de cris de révolte et d’espoir, ont vieilli, si tôt, si rapidement. Leurs photos, témoins d’une période de rêve et de désir de liberté, semblent venir d’une autre époque ou décennie. Si elles n’étaient pas en couleurs, on les confondrait avec celles des années 1960-1970. C’est dire à quel point le Maroc a changé en un court laps de temps. On regarde d’un œil distrait ce qui se passe dans les autres pays de la région. La passion suscitée par le Printemps arabe s’est transformée en indifférence, et les images et infos qui nous viennent d’Égypte, de Syrie ou de Libye alimentent notre résignation et notre ennui. Plus rien ne semble se passer ou se produire. Un air de déjà vu, qui rappelle le Maroc du milieu des années 2000 où la vie politique était en pilotage automatique et où tout le monde s’accommodait du peu d’intérêt que les Marocains accordaient à la chose publique. Sauf que les mêmes causes ne peuvent produire que les mêmes effets. Cette situation de lassitude et de stagnation ne peut que conduire à une fragilisation de notre système politique et au retour des anciens démons : le pouvoir de l’argent et des notables. Un sombre horizon après de si grands espoirs.

PS : Le lecteur averti reconnaîtra que cet édito fait référence à « Quand la France s’ennuie », fameux article paru dans Le Monde en mars 1968. Son auteur, Pierre Viansson-Ponté, y décrivait l’état de lassitude politique en France. Quelques semaines plus tard, les événements de mai 68 ont éclaté pour changer les mentalités du pays. Sauf qu’au Maroc, cet ennui risque d’être plus durable.

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  • turbo coco

    donc vous proposer "siba "pour lutter contre votre ennui???? pendant que vous usez votre encre à écrire des inepties à la chaine, et toujours avec ce copié collé de votre perception de la vie publique francaise(des années 60 en plus!) sur la vie publique marocaine (bonjour l'effort intellectuel....),eh bien sachez que d'autres que vous ont les manches retroussés . Du petit detaillant de cigarette au grand capitai,e d'industrie, tous nous construisons ensemble le Maroc de demain, pendant que vous vous avez encore du mal à vous dépatouillez de vos propres déjéction.

  • B

    Réponse à Turbo Coco

    Une si belle réponse, pleine de fierté factice et de nationalisme virtuel. Ce que dénonce l'édito est justement que, dans votre Maroc de demain, qui à mon sens ne se construit pas par les efforts de ceux qui ont les manches retroussées mais plutôt par ceux, cigare à la bouche, qui les exploitent, "le pouvoir de l'argent et des notables" dirigera le pays. L'édito ne critique pas pour critiquer, il montre justement que le devenir du "petit détaillant de cigarettes" et celui du "grand capitaliste d'industrie" seront totalement opposés, que l'un exploitera l'autre jusqu'à la moelle. Aucun besoin de préciser dans quel sens cela se produit. Dans votre Maroc de demain, les inégalités déjà présentes du simple fait de l'économie mondiale actuelle sont accentuées par le favoritisme du système socio-politique. Tout profite à une petite élite, née au bon moment, au bon endroit, tandis que d'autres n'ont tout simplement pas eu de chance. C'est justement vers un Etat qui doit non seulement donner les mêmes droits mais également limiter au maximum ces inégalités que la démocratie, complète et véritable, est censée nous tirer.

    Et puis pour l'amour du ciel arrêtez de traiter, dans chaque article, Tel Quel de journal sans intérêt et sans fond puisque, ne serait-ce que par ma réponse à votre commentaire, je me suis tiré, l'espace d'un instant, de mon ennui politique, du fatalisme qui me touche depuis un certain temps. Preuve que l'édito a atteint son but, au moins une fois.

    Enfin, je ne vois pas ce qu'il y a de mal à se comparer à la France, du moment qu'on ne fait pas les mêmes erreurs, et qu'on analyse leur histoire au même titre que tous les autres pays desquels nous pouvons tirer des leçons. Passer son temps à se regarder le nombril ne peut pas faire avancer.

    • turbo coco

      merci de me faire un commentaire de texte mais là t'es quand même dans l'interprétation. Interpretation certainement inconsciente qui t'améne pile poil, comme par hasard, à faire ton speech sur la lutte des classes. Eh oh, on se reveille, on est au 21 ème siècle. Marx et compagnie c'est fini. La mondialisation est passé par là mon grand.
      Au lieu de t'ennuyer dans ton coin, libère toi de tes idéologies d'antan et regarde le monde tel qu'il se meut.Et regarde aussi ton pays comme il est dans ce monde en mouvement. C'est le secret de la réussite , du développement et de la croissance aujourd'hui.. Je ne t'apprendrais pas que nous sommes parti de très très loin et c'est la raison pour laquelle je préfère me réjouir des avancées accomplies durant des décennies même s'il y a encore beaucoup trop de chose à améliorer, évidemment, et que tout n'a pas été parfait, loin de là.Après si dire ça c'est être fier et nationaliste, alors oui je le suis.
      Perso si j'ai envie de dire que tel quel est sans interêt, je le dirais! et de toute manière , je ne l'ai jamais dit. Je trouve cependant qu'il m'a l'air d'être en decalage avec la société marocaine.en general. Sa cible est peut être la classe moyenne-aisée qui vit dans sa bulle et qui veut se forcer a croire que ses problèmes , ses interrogations sont ceux de pays "développés". Eh ben c'est raté, ce n'est pas pareil et en cela Telquel ne montre pas le Maroc tel qu'il est, à l'instar des billets de cette fatyme layachi.

      • B

        Mon commentaire ("de texte") parlait d'inégalité certes, mais n'était en rien marxiste. L'inégalité dont je parle est tout aussi politique qu'économique, voire plus politique qu'autre chose (contrairement aux préceptes marxistes). Dans le Maroc d'aujourd'hui, et celui vers lequel on tend, les "Ben.." sont et seront toujours tirés vers le haut, presque automatiquement, et c'est ce favoritisme que je dénonce, et que je retrouvais dans l'édito. Evidemment cela se retrouve lié à un système économique en faveur de cette même élite. Mais je le répète, ce que je dénonce n'est en rien marxiste. Au passage, cela dit, ton argument de la mondialisation est complètement erronée: quoi? parce qu'aujourd'hui le commerce se fait à l'échelle mondiale, il n'y aurait plus de travailleurs qui se feraient surexploiter par des firmes aux profits et aux actionnaires bien plus riches? Enfin, non pas que je sois marxiste, gauchiste, j'énonce des faits, c'est tout.

        Après concernant les progrès, je suis d'accord, ils sont loin d'être parfaits, mais le Maroc va de l'avant, c'est vrai. C'est vrai que le Maroc, principalement grâce au roi et à ses conseillers et non aux pantins qui s'agitent dans tous les sens, avance. Mais excuse(z) moi de regretter que cette avancée ne se fasse pas dans un idéal démocratique, ou du moins qu'on ne penche pas vers ce dernier. C'est dommage que les responsables de cette avancée ne soient pas élus par le peuple, dommage aussi que ces avancées ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin, par exemple la création de nouvelles écoles, de nouvelles infrastructures. Pour reprendre tes termes, ce sont nos dirigeants que je trouve "décalés" avec les besoins actuels du Maroc. On ouvre des HUB, ports ultra modernes, des centres commerciaux high tech, par contre, taxez moi (à tort) de marxiste, tout cela contribue à l'enrichissement d'un entrepreneur fassi ou autre déjà riche, un "Ben flane", qui ensuite paie ses employés au revenu minimum ou même au noir. Les enfants de cet entrepreneurs seront bien scolarisés et iront étudier à l'étranger, pour faire des études de "business". Et rebelotte. C'est dans ce cadre là que je parle d'intervention de l'Etat, qui se doit de rediriger toutes les richesses créées non pas vers les individus (communisme) mais vers des projets construits et PUBLICS (écoles, hôpitaux, routes). Tout cela doit s'accompagner d'une lutte contre la corruption bien entendu.

        Voilà, tout ça, pour en revenir à l'article, on n'en parle pas tous les jours. On s'ennuie. On se complaît dans notre situation se disant que c'est comme ça. On dit aussi "ce que fait le roi est bien" sans se demander si mieux n'aurait pas été possible. Il y a une limite dans notre pensée due à mon sens à notre système politique. On sait de quoi il ne faut pas parler. Donc on se contente de ce qui est autorisé. Après bien entendu il ne faut pas oublier que nous sommes atteint du même désintérêt moderne de la politique que tous les pays du monde, surtout les occidentaux. Concernant ces pays, toi qui dis que Tel Quel pense que les problèmes du Maroc sont ceux des pays développés, c'est à toi que je dois dire "Eh oh, on se réveille, la mondialisation est passée par là mon grand !". Chômage, crise, insécurité, immigration, religion, thèmes tabous, les sujets de Tel Quel, qui parfois tombe dans le tabloïd people à deux balles c'est vrai, sont en général plutôt bien ancrés dans l'actualité.

        Désolé encore une fois pour ce commentaire de texte, que personne ne t'oblige à lire.

  • Blabla

    Réponse à B et à Turbo Coco,
    Que ce soit le crétin nationaliste qui bombe le torse ou le gauchiste inepte qui nous sert la soupe de la lutte de classes en réchauffé : Crevez.
    L'absence du politique dans son sens aristotélicien et la situation de l'ennui au Maroc (que vous faites bien de pointer du doigt) sont dues justement qu'on ne voit pas plus que le bout de son nez dans cette contrée qui - mon Dieu - a eu plus qu'une histoire, mais toute une épopée, et quand on décide de relire, ce n'est jamais pour puiser de quoi se faire "une race" et une vigueur pour se retrouver, mais toujours pour bomber le torse ou pour coller aux impératifs bienpensants et marxistes. Je vous le dis : Crevez qu'on passe à autre chose.

    • turbo coco

      tu portes bien ton pseudo. Tu blablates . Tu parles pour ne rien dire ou alors juste pour utiliser le mot "crevez" qui est désuet depuis bien longtemps.
      Déjà, au vu de la répétition de ce mot dans ta bouche, je me dis que ton entourage doit avoir bien du mal à se farcir un crétin de ton espece qui croit detenir la vérité.
      Tu apprendras, et comprendras peut être, que le savoir est dans le discours partagé or tu n'apportes aucun argument à ton commentaire de mal formé du lobe frontale , tu es fermé comme une huitre et tu as une âme de petit nazillon.

    • B

      C'est tout simplement incroyable comment on peut déblatérer autant de phrases choc et clinquantes pour se donner un genre, un style, sans pour autant apporter d'information, ni faire avancer le débat.
      Parce que j'ai beau essayer de lire (et relire) ton commentaire, je n'y vois aucune proposition. En gros, qu'on crève, que tout le monde la ferme, que tout continue tel quel sans réfléchir à quoi que ce soit.
      Bravo pour le point de vue.

      PS: Petite interrogation sur le terme de "race" qu'on est censé puiser dans notre histoire, pareil pour "la vigueur pour se retrouver". Vague.

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