Zakaria Boualem

Zakaria Boualem s'est trompé...

Zakaria Boualem s'est trompé...
septembre 24
16:44 2012
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Zakaria Boualem est plein de défauts, vous le savez bien. Il est excessif, emporté, plein de négativité et peu sociable. Mais cet homme est également pourvu d’une honnêteté intellectuelle rare, une sorte d’intégrité qui est un peu une torture chez nous. Il n’a aucun mal à admettre ses erreurs, et c’est ce qu’il va faire cette semaine sans la moindre hésitation. Oui, il s’est trompé, il vous doit des excuses. C’est en discutant avec un vague ami du nom de Abdel9ouddous Boufous qu’il a tout compris. Voici la scène. Affalés sur des seddari aimantés, les deux hommes évoquent une affaire qui avait secoué notre paisible pays il y a quelques mois. Un journaliste avait publiquement expliqué qu’il ne voyait rien de scandaleux à ce qu’une femme qui le souhaite entretienne une relation de couple avec un homme sans qu’ils ne soient mariés. L’impudent avait même précisé qu’il maintiendrait cette position même s’il s’agissait de sa sœur ou de sa mère. Suite à cette déclaration, un religieux avait réagi avec enthousiasme en proposant publiquement d’égorger le malheureux. Classique. Bizarrement, Abdel9ouddous trouve que le f9ih n’a pas forcément tort, même s’il concède avec fair-play qu’il est peut-être allé un peu loin. Abdel9ouddous déploie cette théorie avec, au bout du bras, justement, une demoiselle avec qui il n’est pas marié du tout. Il est une sorte d’incarnation des mots hypocrisie et incohérence. Zakaria Boualem lui réplique en déployant son argumentaire classique, il lui parle de schizophrénie, c’est un peu son fonds de commerce depuis une dizaine d’années. Il lui fait la liste de ses écarts quotidiens et lui explique qu’il est mal placé pour donner des leçons de morale. Mais son ami ne se démonte pas. Non, au contraire. Oui, il pratique le sexe hors mariage dès qu’il en a l’occasion, mais vivre maritalement avec une demoiselle sans contrat, c’est pire. Parce que le fait de se cacher n’est pas une hypocrisie c’est au contraire une sagesse. Quand on se cache, on préserve la société, on ne remet pas en cause ses valeurs, on accepte les règles du jeu. Autrement dit, on ne présente pas de danger. Mais quelqu’un qui fait la même chose en le revendiquant est un virus qu’il faut éradiquer. La déconnexion des paroles et des actes, vue sous cet angle, n’est pas une hypocrisie mais le garant d’une des composantes essentielles du royaume : sa légendaire stabilité. Zakaria Boualem n’est pas sûr de sa dernière phrase, il a un peu atteint sa limite en termes de capacité d’analyse, dites-lui ce que vous en pensez. Bon, toujours est-il que tout s’explique, en particulier pourquoi notre société a trouvé une solution pour gérer le viol (le mariage) et refuse de dépénaliser le sexe consentant. Dans la première option, chacun est dans son rôle supposé (l’homme animal sauvage et la femme forcément provocatrice), alors que dans le second, on pose des nouvelles règles du jeu basées sur la responsabilité et la liberté individuelle, et ça, c’est insupportable. Lorsque Abdel9oudous explique que si on laisse sa sœur s’installer avec un type sans mariage, on risque la gay-pride le lendemain matin, il est cohérent avec lui-même : toute remise en cause des règles pourrait créer une fissure catastrophique dans un système complet et, pourquoi pas, un effet domino. Zakaria Boualem s’en veut beaucoup de n’avoir pas compris ça plus tôt. Il a longtemps ironisé sur ce concept de blad skyzo, allant jusqu’à convaincre des amis musiciens - enthousiastes mais limités - d’écrire un album sur ce thème. Ce blad skyzo, oui, ce n’est pas un défaut ni une incohérence, mais une preuve de génie d’une société qui se protège par la dissimulation. Notons par ailleurs que le temps passé à organiser techniquement la dissimulation vient remplacer celui qu’on met à draguer sous d’autres cieux. Perdre moins de temps sur le “faut-il le faire” et plus sur le comment, c’est encore un avantage : le comment est une tâche compliquée mais dont le succès est largement moins conditionné par les terribles aléas de l’irrationnel. Voilà, c’est une étape majeure dans la progression de Zakaria Boualem. Il faut qu’il s’excuse pour toutes les bêtises qu’il a écrites avant cette prise de conscience, et merci.

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