Zakaria Boualem a regardé l'émission "Enquête Exclusive"...

Par Réda Allali

 

Zakaria Boualem est tombé ce dimanche sur un reportage de la chaîne française M6, où il était question de Marrakech. L’émission, du nom de “enquête exclusive”, choisit ses reportages en fonction de la concentration de violence, de drogue ou de sexe dans les lieux visités. Il doit y avoir un peu de luxe aussi puisque leur beau gosse arrive à la fin pour nous déployer ses puissantes conclusions en marchant au risque de sa vie en plein cœur du sujet. Pour toutes ces raisons, ils aiment bien Marrakech, et donc un nouveau reportage sur la ville du Kawkab les pauvres. Zakaria Boualem a ainsi découvert qu’il s’y tenait une sorte de trafic de palmiers dattiers. Cet arbre, qui offre de l’ombre pour les plantations et qui bloque la désertification, est protégé par toute une série de lois en tout genre. Evidemment, ils sont sauvagement arrachés pour orner les jardins luxuriants des hôtels. C’est bien entendu classique, mais c’est quand même une découverte. Zakaria Boualem connaissait le trafic de poulpe, le trafic de sable, le trafic de plaques minéralogiques et le trafic de moto, le trafic de téléphones, le trafic de viande, le trafic d’alcool et le trafic d’essence, sans même parler de la maman de tous les trafics, celui du cannabis. Il serait sans doute plus simple de repérer un pan de notre économie la pauvre qui ne soit pas gangréné par les trafics et d’y consacrer un reportage, ça ira plus vite, mais le beau gosse de “enquête exclusive” ne pourrait pas venir promener sa mèche chez nous et ça c’est un vrai problème. A chaque fois, c’est le même schéma. Les lois existent, elles sont magnifiques. Les héros chargés de les appliquer existent aussi. Mais, par une sorte de mystère du Maroc moderne, elles ne sont pas appliquées. Le business se fait donc sous les yeux et les moustaches de l’Etat de droit, engraissant au passage des intermédiaires douteux et eux aussi moustachus. Au fait, j’ai oublié de citer le papa de tous les trafics, celui d’influence : autorisations, tampons en tout genre et autres joyeux grimate dont la seule existence a défiguré notre musique. Oui, je sais, c’est un peu décousu comme chronique, mais je vous jure que si vous voyiez dans quelles conditions elle est écrite, vous auriez un peu de compassion au lieu de geindre. Soyons honnêtes : il serait injuste d’écrire que la loi est systématiquement bafouée chez nous. Zakaria Boualem sait que, de temps en temps, on se met à l’appliquer selon la méthode du soudain. Soudain, nos glorieuses autorités deviennent des Allemands et chassent les infractions sur une zone précise et pendant un temps très court. Il ne faut pas aller trop loin parce que sinon, on finit par tomber sur un problème sans solution ou un coupable impossible à accuser, donc ça s’arrête vite et merci. Voilà comment ça se passe. C’est ce soudain qui rend fou. Il y a quelques semaines, les habitants de Salé ont envoyé balader quelques moustachus qui prétendaient les virer de leurs logements illégaux. Ils réclamaient le droit de vivre dans le non-droit comme tout le monde et, chez nous, c’est parfaitement logique. On ne se révolte pas contre les injustices mais contre le fait qu’on se sente les seuls à ne pas en profiter. C’est extraordinaire. Par une étonnante inversion des valeurs et par la force des grands nombres, l’exceptionnel est devenu la norme tandis que cette dernière, apeurée et craintive, s’est depuis longtemps réfugiée dans sa tanière en attendant une patera qui l’emmènera dans un pays où elle sera respectée. A moins de rendre soudain l’illégal légal et de faire la chasse à la loi, rien n’est possible. On est foutus, bien sûr, mais est-ce vraiment grave ? Zakaria Boulem trouve que oui, mais il est apparemment en minorité. Donc il fait comme si de rien n’était, et merci.