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Maroc – Espagne. Les dossiers qui fâchent

Maroc – Espagne. Les dossiers qui fâchent
février 16
14:05 2012
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Marocains et Espagnols se retrouveront bientôt pour évoquer les différentes questions restées en suspens après la visite de Mariano Rajoy, nouveau Chef du gouvernement espagnol, au Maroc. Avant-goût.

Lors de sa visite au Maroc, le nouveau président du gouvernement espagnol a évité d’évoquer les sujets qui fâchent ses hôtes marocains. On l’aura donc compris, Mariano Rajoy a plutôt effectué une visite protocolaire, sacrifiant ainsi à une tradition installée par ses prédécesseurs : celle de réserver le premier déplacement officiel du Chef du gouvernement espagnol au Maroc. “Il voulait surtout dissiper les craintes qu’a suscitées, dans le royaume, l’accession du Parti Populaire au pouvoir en Espagne”, croit savoir un journaliste espagnol. Le nouveau responsable ibérique ne pourra cependant pas repousser indéfiniment l’étude des questions épineuses entre les deux pays. D’abord, parce que certains sujets sont d’une actualité brûlante (comme l’accord de pêche par exemple) et ensuite parce que le Maroc et l’Espagne ont convenu de la tenue, très bientôt, d’une haute commission mixte, dédiée aux thématiques bilatérales. Et elles sont nombreuses.

Accord de pêche vital
C’est l’une des priorités du nouveau Chef du gouvernement espagnol. La non-reconduction de l’accord de pêche entre l’Union Européenne et le Maroc a condamné une grande partie du sud espagnol au chômage technique. Plusieurs villes côtières d’Andalousie se sont en effet retrouvées privées de leur principale source de revenu : l’activité de la pêche. Sur place, la colère gronde et fait craindre le pire au chef du Parti Populaire (PP). “C’est une région traditionnellement socialiste mais que le PP a récemment pu récupérer. Si Mariano Rajoy ne trouve pas de solution rapide au problème de la non-reconduction de l’accord de pêche, l’Andalousie risque donc de se retourner contre lui et contre son parti”, analyse un expert des relations maroco-espagnoles.

Tout sauf Sebta et Melilia
Récemment interrogé par un journaliste sur le sort des deux villes, Mariano Rajoy a répondu (en substance) : “Je ne vois aucune différence entre Sebta, Melilia, Barcelone ou Madrid”. C’est que dans l’esprit du nouveau chef de l’Exécutif ibérique, il n’y a aucun débat ni négociation possible autour de la souveraineté des deux villes. “C’est l’une des thématiques sur lesquelles Rajoy est intraitable et qui pourraient créer des tensions entre les deux pays. Malgré son désir de se rapprocher davantage du Maroc, il n’hésitera pas à rejeter, en bloc, toutes les demandes allant dans le sens d’une co-souveraineté sur les deux villes par exemple”, analyse Nabil Driouch, journaliste installé en Espagne. Reste à savoir si, en face, le Maroc exigera l’ouverture immédiate de négociations à ce sujet ou s’il décidera de le mettre de côté, du moins pour le moment.

Et le Sahara dans tout cela ?
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le dossier numéro 1 chez les officiels marocains ne constitue pas une priorité pour le nouveau Chef du gouvernement espagnol. “Le Sahara est plutôt une thématique de gauche. L’électorat de droite n’y accorde pas une grande importance. D’ailleurs, démontre Nabil Driouch, ce sont souvent des familles et des activistes de gauche qui accueillent des enfants sahraouis en colonies de vacances ou qui organisent des meetings de solidarité avec le Polisario”. Que faut-il en conclure ? Rajoy pourrait-il changer la position de l’Espagne sur ce sujet ? “Il a sans doute plus de liberté pour en parler qu’un homme de gauche qui aura toujours peur de déplaire à son électorat, foncièrement pro-Polisario. Le Maroc pourrait en profiter pour marquer quelques points, d’autant que le royaume est aujourd’hui courtisé par des centaines d’entreprises espagnoles, à la recherche de nouveaux débouchés pour leurs produits et services”, analyse un observateur. Une nuance toutefois, le gouvernement central ne contrôle pas tout en Espagne. Même s’il tempère ses positions sur ce sujet, rien n’empêche les gouvernements locaux d’adopter des attitudes diamétralement opposées et de continuer ainsi à soutenir activement le Polisario.

Emigrés non grata
C’est un signe qui ne trompe pas. Pour la constitution de son équipe gouvernementale, Mariano Rajoy a supprimé le ministère de l’Emigration, le mettant sous la tutelle du département de l’Emploi. Les deux problématiques seraient ainsi liées, selon le nouveau président du gouvernement espagnol. Après l’échec du programme de départs volontaires lancé par son prédécesseur socialiste, il y a fort à parier que Mariano Rajoy passera à la manière forte. Les observateurs s’attendent en effet à ce que le nouvel Exécutif décide d’arrêter de verser des allocations aux émigrés chômeurs. Le renouvellement des titres de séjour risque également de devenir hors de prix pour un grand nombre d’étrangers installés en Espagne puisque les frais passeraient, selon différentes sources, de 20 à plus de 300 euros par personnes. “Cela fait plus de 1500 euros pour des familles dont les parents sont au chômage. Ces personnes basculeront, presque par défaut, dans la clandestinité ou seraient obligées de rentrer chez elles”, analyse un observateur local. La communauté marocaine en Espagne compte près d’un million de personnes. Risquent-elles des expulsions masquées ? Quelle serait la réaction des autorités marocaines ? Wait and see !

Religion, la guerre secrète
Depuis quelques années, le Maroc bataille secrètement pour avoir le contrôle sur ce qu’on pourrait appeler l’islam d’Espagne. Le royaume veut en effet capitaliser sur son expérience en France et sur le nombre important de Marocains résidant en Espagne pour espérer représenter tous les musulmans vivant sur place. Ces manœuvres n’ont évidemment pas échappé aux autorités ibériques, qui ont fini par installer un Syrien, membre des Frères musulmans, en tant que porte-parole des musulmans d’Espagne. Le Maroc n’a pas baissé les bras pour autant. Il a en effet encouragé la création d’une organisation regroupant les associations islamiques marocaines d’Espagne, et qui parlent, elle aussi, au nom des musulmans installés en terre ibérique. Cette guerre secrète a une autre facette. “Le Maroc essaie par exemple d’influencer certains imams de Sebta et de Melilia pour prier pour le roi, en signe d’allégeance. En face, l’Espagne favorise certains mouvements salafistes ou chiites pour casser l’hégémonie de l’islam sunnite à la marocaine”, conclut Nabil Driouch.

Partido Popular (PP). Des durs et des modérés
Différents courants cohabitent au sein du Parti Populaire espagnol. Le parti de droite compterait ainsi une aile nationaliste dure et une autre plutôt modérée, aux positions et aux priorités souvent différentes. L’aile dure serait plutôt composée de grands agriculteurs et de riches propriétaires espagnols en plus de quelques anciens militaires. Selon différents observateurs locaux, c’est à cette droite, jalouse de ses intérêts nationaux, qu’appartient Mariano Rajoy. L’aile modérée est quant à elle constituée d’intellectuels, d’avocats et de personnalités exerçant des professions libérales comme l’actuel ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón.

 

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